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Sonia Reboul > Tous les articles Hypnose et Sexualité > Comment ressentir du plaisir à la pénétration ?
Si vous êtes ici à lire cet article, c’est certainement que vous aimez faire l’amour, vous appréciez les caresses, vous pouvez ressentir beaucoup de plaisir lorsque votre clitoris est stimulé… mais dès qu’il s’agit de pénétration vaginale, les sensations deviennent beaucoup plus discrètes ?
Peut-être sentez-vous surtout un mouvement, une pression, quelque chose qui entre et ressort, sans retrouver l’intensité des caresses externes. Ou peut-être prenez-vous du plaisir à la pénétration, surtout au début, mais vous aimeriez ressentir davantage ce qui se passe à l’intérieur de votre corps ? Ou aller jusqu’à l’orgasme grâce à la pénétration ?
Alors forcément, la question qui finit souvent par apparaître est : « Pourquoi est-ce que je ne ressens pas plus de plaisir pendant la pénétration ? »
Commençons par remettre les choses à leur place : le problème n’est pas que les femmes seraient mal faites pour la pénétration. Le problème est qu’on leur a longtemps raconté qu’elles étaient censées jouir grâce à elle.
Freud a largement participé à cette histoire en opposant un orgasme clitoridien supposément « immature » à un orgasme vaginal qui signerait, lui, l’accomplissement de la sexualité féminine adulte.
Et l’histoire devient presque absurde avec Marie Bonaparte. Persuadée que son incapacité à jouir pendant la pénétration venait du fait que son clitoris était situé trop loin de l’entrée de son vagin, elle s’est fait opérer pour le rapprocher chirurgicalement de l’entrée vaginale, afin qu’il puisse être davantage stimulé pendant le coït.
Oui cela semble absurde aujourd’hui en 2026! : plutôt que de se demander si la pénétration était réellement le meilleur moyen de faire jouir une femme, on a préféré essayer de déplacer son clitoris. Cette histoire résume assez bien le problème. Car le plaisir féminin n’a jamais eu besoin d’être corrigé pour correspondre à la pénétration. Le clitoris est l’organe central du plaisir féminin, et ce que l’on voit à l’extérieur n’en représente qu’une petite partie.
Cela ne signifie pas que la pénétration ne peut pas être délicieuse. Elle peut l’être. Parfois énormément. Mais plutôt que d’attendre passivement que les va-et-vient d’un pénis ou d’un sextoy produisent miraculeusement les sensations attendues, on peut aussi apprendre à participer activement à son plaisir : bouger son bassin, chercher les angles qui stimulent davantage, mobiliser son périnée, associer des caresses clitoridiennes et surtout porter son attention sur ce que l’on ressent réellement dans toute la zone génitale.
Et c’est précisément ce que nous allons explorer ici : non pas comment devenir une « bonne élève » de la pénétration, mais comment utiliser votre propre anatomie pour découvrir tout ce qu’elle peut vous faire ressentir.
Parce que la pénétration n’est tout simplement pas, pour beaucoup de femmes, la stimulation sexuelle la plus efficace. Dit comme ça, cela paraît presque évident. Et pourtant, combien de femmes se sont déjà demandé :
La réponse est : probablement rien. Votre corps fonctionne bien !
Le problème commence souvent par une confusion : nous avons appris à considérer la pénétration comme l’acte sexuel principal et, par conséquent, à imaginer qu’elle devrait également être la principale source de plaisir. Or ce sont deux choses complètement différentes.
La pénétration peut être intime, excitante, enveloppante. Elle peut procurer une sensation de remplissage, de pression, de frottement. Elle peut stimuler certaines zones de manière très agréable. Elle peut participer à une montée orgasmique et, chez certaines femmes, devenir extraordinairement intense. Mais elle n’a aucune raison anatomique de provoquer chez toutes les femmes les mêmes sensations qu’une stimulation directe du clitoris. Et pourtant, nous continuons souvent à comparer les deux.
Une femme peut avoir le clitoris extrêmement sensible sous ses doigts, sentir son excitation monter très rapidement avec un cunnilingus ou un vibromasseur… puis être pénétrée et se demander où sont passées toutes ces sensations. Et c’est très souvent le cas, pour de très nombreuses femmes.
Je vous assure, vos sensations sont pas « parties ». La stimulation a changé de camp… C’est un peu comme si l’on caressait une zone très sensible de votre peau, puis une autre beaucoup moins réactive, avant de vous demander pourquoi vous ne ressentez pas exactement la même chose. Et de vous culpabiliser de ne pas ressentir la même chose… Ce serait étrange !
Mais avançons car ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est que la pénétration n’est pas condamnée à rester une sensation vague ou secondaire. Parce que ressentir n’est pas seulement une question de nombre de terminaisons nerveuses. Il y a aussi l’excitation, la congestion des tissus, les pressions exercées sur les structures environnantes, les mouvements du bassin, le périnée, le rythme, la position… et surtout l’attention que vous portez à cette région de votre corps.
Certaines femmes sont extrêmement présentes dans leur clitoris très innervé et externe et presque absentes de leur vagin, peu innervé et interne. C’est tout à fait logique et normal. On sait immédiatement reconnaître une caresse clitoridienne agréable, en modifier le rythme, guider une main, augmenter ou diminuer la pression. Mais pendant la pénétration, de nombreuses femmes deviennent beaucoup plus passives : elles reçoivent le mouvement et attendent de voir ce qu’il va produire.
Et c’est précisément là que nous allons pouvoir changer quelque chose.
Pas en apprenant à remplacer le plaisir clitoridien par un hypothétique « meilleur » plaisir vaginal. parce que ce serait inutile et faux. Mais en apprenant à mettre davantage de corps dans la pénétration. Je m’explique : vous pouvez faire énormément pour ressentir davantage de plaisir pendant le rapport sexuel : Bouger. Contracter. Relâcher. Orienter votre bassin. Chercher. Comparer. Respirer dans les sensations. Ajouter votre main si vous en avez envie. Et progressivement apprendre à reconnaître ce qui se passe à l’intérieur au lieu d’attendre que la pénétration fasse tout le travail à votre place.
Mais pour comprendre pourquoi cela peut fonctionner, on va d’abord faire un crochet historique, (c’est toujours intéressant dans l’histoire des femmes et de la sexualité des femmes!) et revenir à cet organe que l’histoire patriarcale a longtemps réussi à traiter comme un détail.
Le clitoris n’est pas seulement ce petit bouton que l’on caresse au-dessus de l’entrée du vagin.
Ça, c’est seulement la partie que vous pouvez voir et toucher directement : le gland du clitoris. Le reste se poursuit à l’intérieur du corps. Et il est de taille conséquente ! Le clitoris possède un corps, des racines qui se prolongent de part et d’autre, ainsi que des structures érectiles associées autour de la région vaginale. Lors de l’excitation sexuelle, ces tissus se gorgent de sang et participent à toute une transformation de la zone génitale.
Autrement dit, votre clitoris ne s’arrête pas là où votre doigt cesse de le sentir directement.
Et cette précision change énormément de choses lorsqu’on parle de pénétration. Car pendant des décennies, on nous a raconté une histoire beaucoup plus pratique : il y aurait d’un côté le clitoris, à l’extérieur, et de l’autre le vagin, à l’intérieur. Deux zones. Deux plaisirs. Et surtout deux orgasmes.
L’un clitoridien. L’autre vaginal.
Avec, pendant longtemps, une préférence très nette pour le second. Ce qui était vu comme très romantique, fusionnel, parfait! Et fait pour le plaisir masculin… Sauf que le corps féminin est beaucoup moins bien rangé que cette jolie théorie.
Le clitoris, le vagin, la vulve, le périnée, l’urètre et les tissus érectiles voisins occupent une région extrêmement proche. Ils se déplacent, se compriment et interagissent lorsque le bassin bouge et lorsque quelque chose pénètre dans le vagin. Cela permet de comprendre quelque chose d’essentiel : dire que le clitoris est au centre du plaisir féminin ne signifie absolument pas que la pénétration ne peut pas être très plaisante. Cela signifie qu’il faut arrêter d’opposer artificiellement plaisir « extérieur » et plaisir « intérieur ».
Lorsque vous bougez votre bassin contre celui de votre partenaire, lorsque la base du pénis ou un pubis frotte contre votre vulve, lorsque certaines positions augmentent la pression sur la région clitoridienne, lorsque vos tissus sont fortement congestionnés par l’excitation, lorsque votre périnée se contracte autour de la pénétration… toute la région génitale participe.
Et voilà pourquoi certaines positions vous font peut-être beaucoup plus d’effet que d’autres. Voilà aussi pourquoi vous pouvez ne presque rien ressentir lors d’une pénétration mécanique en va-et-vient et découvrir tout autre chose lorsque vous prenez vous-même le contrôle du mouvement.
Votre anatomie n’a donc pas besoin de choisir son camp entre « clitoridien » et « vaginal ». Et vous non plus. Si votre main sur votre clitoris transforme complètement ce que vous ressentez pendant la pénétration, gardez-la. Si vous avez besoin d’un sextoy, utilisez-le. Si vous avez envie de vous frotter contre votre partenaire plutôt que de rester immobile pendant qu’il ou elle effectue des va-et-vient, bougez.
Ce ne sont pas des béquilles destinées aux femmes qui ne sauraient pas jouir correctement de la pénétration.
C’est votre sexualité qui s’adapte à votre anatomie. Et non l’inverse.
Cette distinction est importante parce qu’elle change complètement la question de départ.
Au lieu de vous demander : « Comment réussir enfin à jouir uniquement grâce à la pénétration ? »
vous pouvez commencer à vous demander : « Comment puis-je utiliser tout mon corps et toute ma zone génitale pour rendre la pénétration plus agréable ? »
Et cette question-là ouvre beaucoup plus de possibilités.
Si le clitoris est aussi important dans le plaisir féminin, une question mérite d’être posée : comment avons-nous réussi à convaincre autant de femmes que jouir grâce à lui était une sorte de solution de secours ? Il faut remonter, entre autres, à Sigmund Freud. Freud n’a évidemment pas « inventé » à lui seul la valorisation de la pénétration. La sexualité existait dans une société déjà profondément organisée autour du coït, de la reproduction et du plaisir masculin. Et sa pensée sur la sexualité était beaucoup plus vaste et parfois beaucoup plus subversive que ce que l’on en retient aujourd’hui.
Mais concernant la sexualité féminine, certaines de ses théories ont laissé un héritage particulièrement encombrant. Dans sa conception du développement psychosexuel féminin, le clitoris est associé à une sexualité infantile. En devenant femme, la jeune fille serait censée déplacer progressivement la zone principale de sa satisfaction sexuelle du clitoris vers le vagin.
Vous voyez le problème ?
Le clitoris procure spontanément du plaisir, mais la femme adulte serait supposée apprendre à chercher ailleurs. Et comme par hasard, cet « ailleurs » correspond exactement à l’endroit où entre le pénis.
Le plaisir féminin se retrouve ainsi organisé autour de la pénétration : la femme sexuellement accomplie n’est plus seulement celle qui jouit, mais celle qui apprend à jouir de la manière dont la sexualité hétérosexuelle traditionnelle attend qu’elle jouisse. (voir également : Pourquoi la pénétration est-elle toujours le centre de la sexualité ?)
Le tour de force est remarquable.
Une femme peut parfaitement connaître son corps, se masturber, stimuler son clitoris et avoir des orgasmes. Mais si elle ne parvient pas à reproduire cet orgasme pendant la pénétration, ce n’est plus le modèle sexuel que l’on interroge.
C’est elle qui devient le problème.
Pendant des décennies, cette distinction entre orgasme clitoridien et orgasme vaginal a pesé sur la manière dont les femmes ont regardé leur propre sexualité. Et on en retrouve encore les traces aujourd’hui.
Écoutez le vocabulaire : seulement, besoin de, juste avec. Comme si l’orgasme obtenu grâce à l’organe précisément destiné au plaisir avait moins de valeur qu’un orgasme obtenu pendant la pénétration. Comme si utiliser sa main était une compensation. Comme si ajouter un vibromasseur signifiait que quelque chose avait échoué. Et comme si le pénis devait, à lui seul, posséder cette étrange capacité à déclencher le plaisir féminin sans que la femme ait besoin de participer davantage.
Cette hiérarchie n’a aucune raison d’être. Vous n’avez pas un petit orgasme clitoridien de débutante et, quelque part au fond de votre vagin, un grand orgasme de femme accomplie qui attendrait que vous deveniez enfin suffisamment douée pour le découvrir. Votre orgasme n’a pas de diplôme de maturité. Vous avez un corps, un système nerveux, des tissus érectiles, un clitoris, un vagin, une vulve, un périnée, un bassin… et différentes manières de les stimuler ensemble.
Et plus on abandonne cette vieille hiérarchie, plus une question beaucoup plus intéressante apparaît : Non plus : « Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à jouir comme je devrais ? » Mais, enfin! : « Qu’est-ce qui, moi, me donne du plaisir ? »
Et l’histoire aurait peut-être été beaucoup plus simple si nous avions commencé par poser cette question. Parce qu’au début du XXe siècle, une femme a justement cherché désespérément à résoudre ce supposé problème. Elle s’appelait Marie Bonaparte.
L’histoire de Marie Bonaparte est presque difficile à croire aujourd’hui. Et pourtant, elle est réelle. Marie Bonaparte est une femme intellectuelle, fortunée, passionnée par la psychanalyse et par la sexualité féminine. Elle deviendra psychanalyste, proche de Freud et jouera plus tard un rôle majeur dans l’histoire de la psychanalyse française. Mais Marie Bonaparte a aussi un problème qui l’obsède : elle ne parvient pas à avoir d’orgasme pendant la pénétration.
Elle peut connaître le plaisir autrement. Mais le coït, lui, ne lui donne pas l’orgasme qu’elle recherche. Alors elle étudie les femmes. Elle mesure notamment la distance entre le clitoris et l’entrée du vagin et développe l’idée que la proximité entre les deux pourrait expliquer pourquoi certaines femmes jouissent plus facilement pendant la pénétration. Jusque-là, on pourrait simplement parler d’une hypothèse scientifique de son époque. Mais Marie Bonaparte va beaucoup plus loin. Puisque son clitoris serait, selon cette théorie, trop éloigné de son vagin pour être suffisamment stimulé par le pénis, elle décide de modifier son corps.
Elle se fait opérer. Le principe de l’intervention est aussi simple que vertigineux : rapprocher chirurgicalement le clitoris de l’entrée vaginale afin que les mouvements du pénis puissent davantage le stimuler pendant le coït. Et elle ne subira pas une seule intervention expérimentale de ce type.
Elle en subira trois.
Tout cela pour parvenir à obtenir ce fameux orgasme pendant la pénétration qu’une femme sexuellement accomplie était supposée connaître. Et cela ne lui donnera pas le résultat espéré. Arrêtons-nous une seconde sur ce que raconte cette histoire. Marie Bonaparte avait un organe capable de lui procurer du plaisir. La pénétration ne le stimulait pas suffisamment.
Et plutôt que d’en conclure : « Peut-être que le pénis n’est tout simplement pas placé au meilleur endroit pour stimuler le clitoris », on en est arrivé à :
« Déplaçons le clitoris pour le mettre plus près du pénis. »
Difficile de trouver meilleure illustration de la manière dont la sexualité féminine a été pensée autour de la pénétration. Ce n’était pas le modèle qui devait s’adapter au corps féminin. C’était le corps féminin qui devait s’adapter au modèle.
Et même si personne ne vous propose aujourd’hui de déplacer chirurgicalement votre clitoris parce que vous ne jouissez pas pendant le coït, une version beaucoup plus discrète de cette idée continue parfois d’exister dans nos chambres.
Le décor a changé, les avancées féministes progressent (difficilement dans certains domaines), mais dans la sexualité féminine l’idée n’a pas complètement disparu : la pénétration reste la référence et le corps féminin est encore prié de s’organiser autour d’elle.
Ne demandons plus à votre clitoris de s’adapter à la pénétration. Adaptons la pénétration à votre clitoris.
Et c’est là que les choses deviennent beaucoup plus intéressantes. Parce qu’une fois débarrassée de l’obligation de jouir d’une certaine manière, vous pouvez commencer à explorer ce que la pénétration peut réellement vous apporter : changer l’angle de votre bassin, bouger vous-même, rechercher davantage de frottement externe, jouer avec la profondeur, contracter puis relâcher votre périnée, ajouter une main, un sextoy…
Et surtout apprendre à relier progressivement toutes ces sensations plutôt que de continuer à opposer ce qui se passe « dehors » à ce qui se passe « dedans ». La question n’est donc plus de savoir comment réussir enfin l’orgasme vaginal dont on vous a vendu le modèle. La question devient beaucoup plus simple : comment rendre la pénétration plus agréable pour votre corps à vous ?

Après tout ce que nous venons de raconter sur le clitoris, Freud et Marie Bonaparte, on pourrait être tentée de conclure : Très bien. Donc la pénétration ne sert finalement pas à grand-chose pour le plaisir féminin. Et ce serait aller trop vite. Parce que dire que le clitoris est au centre du plaisir féminin ne signifie absolument pas que tout ce qui se passe à l’intérieur du vagin est sans intérêt.
Le vagin n’est pas un tube mort dans lequel on ne sentirait rien. Il possède une innervation, mais les sensations n’y sont pas réparties de manière uniforme et elles ne ressemblent pas forcément à celles ressenties sur le gland du clitoris ou la vulve. La pénétration peut ainsi produire des sensations de pression, d’étirement, de remplissage, de frottement ou de mouvement. Et selon l’excitation, la position, l’angle, la profondeur et la manière dont vous bougez, ces sensations peuvent être très différentes.
Surtout, le vagin n’existe pas tout seul au milieu du bassin. Autour de lui se trouvent le clitoris et ses structures internes, les tissus érectiles, la vulve, l’urètre, le plancher pelvien et tout un ensemble de muscles et de tissus qui bougent, se tendent, se relâchent et se compriment les uns contre les autres.
Quand quelque chose bouge dans votre vagin, il ne se passe donc pas uniquement quelque chose “dans votre vagin”. Toute la région génitale peut participer.
C’est aussi pour cela que la même pénétration peut vous laisser presque indifférente un jour et être extrêmement agréable un autre. Votre anatomie n’a pas changé entre les deux. Votre état d’excitation, lui, peut avoir complètement changé.
Lorsque l’excitation sexuelle augmente, les tissus génitaux se gorgent de sang, la vulve et le clitoris deviennent plus réactifs, la lubrification apparaît, le vagin se modifie et l’ensemble de la région pelvienne devient plus présent dans votre perception. C’est une différence fondamentale. Une pénétration commencée parce que « bon, maintenant on passe à la suite » n’a pas nécessairement grand-chose à voir avec une pénétration qui arrive lorsque votre corps est déjà profondément excité.
Et pourtant, dans beaucoup de scénarios sexuels traditionnels, la pénétration arrive très vite. Quelques caresses. Éventuellement un cunnilingus. Puis pénétration. Comme si tout ce qui précédait n’était qu’un échauffement et que le vrai rapport commençait enfin. Mais pour votre corps, il peut être beaucoup plus intéressant de renverser cette logique.
La pénétration n’a pas besoin d’être le moment vers lequel tout doit converger. Elle peut arriver quand votre corps la réclame presque, lorsque toute la région génitale est déjà éveillée et que vous avez envie d’ajouter de nouvelles sensations à celles qui sont déjà présentes.
C’est probablement l’une des différences les plus importantes entre une pénétration peu ressentie et une pénétration beaucoup plus intéressante.
Pendant longtemps, la représentation classique du rapport hétérosexuel a donné à chacun un rôle assez clair : l’un pénètre et bouge. L’autre est pénétrée et reçoit. Sauf que recevoir n’oblige absolument pas à être passive. Votre bassin peut avancer, reculer, basculer, onduler, accompagner le mouvement ou au contraire le ralentir.
Et tout à coup, vous n’êtes plus seulement en train de constater ce qu’un mouvement produit dans votre corps. Vous participez à la création de la sensation.
Cette différence peut sembler minuscule. Elle est immense.
Il y a également quelque chose dont on parle étonnamment peu lorsqu’on explique le plaisir pendant la pénétration : vos muscles. Le plancher pelvien entoure et soutient toute cette région.
Vous pouvez le contracter. Le relâcher. Sentir ce qui change entre les deux. Une contraction peut modifier la pression ressentie autour de ce qui vous pénètre et rendre certaines sensations beaucoup plus perceptibles.
Mais là encore, l’objectif n’est surtout pas de passer tout le rapport à serrer le plus fort possible. Le plaisir peut justement apparaître dans l’alternance.
Votre périnée n’est pas uniquement un muscle qu’on vous demande de “rééduquer” après un accouchement ou de contracter pendant des exercices. Il fait aussi partie de votre sexualité. Et apprendre à le sentir, c’est aussi apprendre à être davantage présente dans toute cette région du corps.
C’est probablement le point le plus important de cette partie. Quand une femme se masturbe depuis des années en stimulant son clitoris, elle connaît souvent extrêmement bien cette sensation. Elle sait où toucher. Comment. À quelle vitesse. Avec quelle pression. Elle reconnaît immédiatement les premiers signes de la montée du plaisir. Elle a développé une véritable cartographie sensorielle de cette zone.
Mais combien de temps a-t-elle passé à explorer avec la même attention ce qu’elle ressent à l’intérieur ? Souvent, beaucoup moins. Pendant la pénétration, l’attention peut même partir complètement ailleurs : vers le partenaire, son plaisir, son regard, la position du corps, l’image que l’on renvoie, la durée du rapport, l’orgasme que l’on espère avoir… Et pendant ce temps-là, les sensations internes restent en arrière-plan. Or notre cerveau ne traite pas toutes les sensations avec la même intensité.
Porter son attention sur une sensation permet aussi de mieux la distinguer.
Cela ne signifie pas qu’on peut fabriquer magiquement des terminaisons nerveuses là où elles n’existent pas. Cela signifie qu’on peut apprendre à reconnaître des nuances auxquelles on ne prêtait auparavant presque aucune attention.
Puis progressivement la manière dont toutes ces sensations se mélangent à celles du clitoris, de la vulve et du reste du corps. Et c’est là que la frontière entre plaisir « clitoridien » et plaisir « vaginal » devient beaucoup moins intéressante. Parce que vous ne faites pas l’amour avec deux organes séparés. Vous faites l’amour avec tout un bassin. Et avec un cerveau qui apprend à ressentir ce qui s’y passe.
La bonne nouvelle, c’est donc que vous n’avez pas besoin de renoncer à votre clitoris pour apprendre à ressentir davantage pendant la pénétration. Au contraire. Vous pouvez partir de ce que votre corps connaît déjà très bien et vous en servir pour explorer ce qu’il connaît moins. C’est exactement ce que nous allons faire maintenant.
Maintenant que nous avons rendu à Freud ce qui appartient à Freud et laissé le clitoris exactement là où il est, passons à votre corps.Parce que comprendre que vous n’avez aucun problème est essentiel. Mais peut-être avez-vous quand même envie d’explorer. Peut-être que la pénétration est déjà agréable mais que vous aimeriez qu’elle le soit davantage. Peut-être ressentez-vous surtout une pression ou un mouvement assez neutre. Ou peut-être avez-vous l’impression que votre plaisir reste essentiellement « dehors » et aimeriez découvrir davantage ce qui se passe à l’intérieur.
Alors oublions l’objectif de l’orgasme vaginal.Nous allons faire quelque chose de beaucoup plus intéressant : apprendre à ressentir davantage.
Et pour cela, il faut commencer par arrêter de considérer la pénétration comme quelque chose que l’on vous fait. Votre excitation, votre bassin, votre périnée, votre clitoris, vos mouvements et votre attention peuvent tous participer. Vous n’êtes pas le réceptacle de la pénétration. Vous êtes celle qui la ressent.
Première erreur très fréquente : pénétrer trop tôt. Pas nécessairement trop tôt parce que vous n’êtes pas lubrifiée ou parce que la pénétration serait désagréable.
Trop tôt pour que ce soit vraiment intéressant. On peut parfaitement être suffisamment excitée pour accepter confortablement une pénétration sans avoir atteint un niveau d’excitation où toute la région génitale devient particulièrement réactive. Alors prenez votre temps. Et surtout, arrêtez de considérer ce qui se passe avant la pénétration comme des « préliminaires ».
Le mot lui-même est révélateur : ce ne serait que le préambule avant le véritable acte sexuel. Non. C’est déjà du sexe.
Laissez monter l’excitation. Profitez des caresses que vous aimez. Laissez votre clitoris devenir sensible, votre vulve se gorger de sang, votre respiration changer, votre bassin commencer spontanément à vouloir bouger. Vous pouvez même attendre d’avoir vraiment envie d’être pénétrée. Cette différence est importante : ne pas penser « je suis prête, on peut y aller », mais ressentir « maintenant, j’en ai envie, presque besoin! ». La pénétration vient alors ajouter une sensation à un corps déjà profondément engagé dans son plaisir. Et elle n’a plus à partir de zéro.
Une fois la pénétration commencée, observez quelque chose de très simple : qui bouge ?
Parce que si votre partenaire produit l’intégralité du mouvement pendant que vous recevez la pénétration, vous dépendez essentiellement de l’angle, du rythme et de l’amplitude qu’il ou elle choisit. Or ce ne sont pas nécessairement ceux qui produisent le plus de sensations chez vous.
Reprenez votre bassin. Bougez-le. Pas pour être plus sexy. Pour sentir. Basculez légèrement le bassin vers l’avant, puis vers l’arrière. Essayez de petits mouvements circulaires. Accompagnez une pénétration puis ralentissez-la. Cherchez moins de profondeur mais davantage de contact entre vos corps. À certains moments, oubliez même les grands va-et-vient. Une pénétration relativement immobile associée à de petits mouvements du bassin peut parfois permettre de percevoir beaucoup plus précisément les pressions et les frottements. Vous pouvez aussi chercher les positions dans lesquelles vous contrôlez davantage le mouvement.
Ce qui compte n’est pas de reproduire une position censée être « la meilleure pour le point G ». Ce qui compte est de découvrir ce qui change lorsque vous déplacez votre bassin de quelques centimètres.
➫ Vous êtes en train de construire votre propre cartographie. Et progressivement, vous cessez de subir le mouvement pour devenir co-autrice de la sensation.
Maintenant, ajoutez les muscles. Contractez doucement votre périnée quelques secondes. Puis relâchez-le. Et observez.
Pas votre partenaire. Vous.
Qu’est-ce que cela change dans votre sensation ? Lorsque vous contractez le plancher pelvien, la perception de la pression autour de la pénétration peut se modifier. Vous pouvez avoir davantage conscience de cette région, sentir plus précisément ce qui se passe ou percevoir différemment certains mouvements.
Puis relâchez complètement. Parce que le périnée n’est pas fait pour rester serré pendant toute une relation sexuelle. Et surtout parce qu’un périnée constamment crispé n’est pas synonyme de davantage de plaisir. Chez certaines femmes, une tension excessive du plancher pelvien peut au contraire être associée à de l’inconfort ou des douleurs.
Ce qui nous intéresse ici, c’est la mobilité. Contracter. Relâcher. Sentir la différence. Contracter légèrement lorsque le mouvement vous plaît. Puis laisser complètement redescendre la tension.
Vous pouvez également coordonner cela avec votre respiration : sentir le bassin s’assouplir lorsque vous expirez, puis expérimenter une contraction volontaire à un autre moment. Il n’y a pas de rythme parfait. Vous êtes en train d’apprendre à utiliser consciemment une musculature qui participe déjà à votre sexualité. Votre périnée cesse alors d’être cette mystérieuse chose que l’on découvre chez le gynécologue, après une grossesse ou dans un cours de Pilates. Il redevient une partie vivante de votre bassin.
Et maintenant, surtout, ne retirez pas ce qui fonctionne. Si la stimulation de votre clitoris vous procure facilement du plaisir, servez-vous-en. Avec votre main. Avec celle de votre partenaire. Avec un sextoy si vous en utilisez un. Avec le frottement de vos corps dans certaines positions. Il n’y a absolument aucune médaille décernée aux femmes capables de jouir pendant une pénétration sans toucher leur clitoris. Et ajouter une stimulation externe ne transforme pas votre orgasme en orgasme « moins vaginal ».
Cette distinction commence d’ailleurs à perdre tout son intérêt dès que l’on considère le bassin comme un ensemble. Mais cette association peut avoir une autre utilité particulièrement intéressante si vous ressentez actuellement peu de choses à l’intérieur.
Votre clitoris peut devenir votre point de départ. Commencez avec une sensation que votre cerveau reconnaît immédiatement comme agréable. Puis, pendant que cette sensation est présente, intéressez-vous à ce qui se passe ailleurs. La pression à l’entrée du vagin. Les mouvements à l’intérieur. Votre périnée qui réagit. Votre bassin qui accompagne. Une sensation de chaleur ou de remplissage.
Vous n’avez pas besoin d’arrêter de stimuler votre clitoris pour vérifier si, enfin, votre vagin « sait faire tout seul ». Au contraire.
Pendant un temps, laissez les deux sensations exister ensemble.
Le but n’est pas de transférer votre plaisir du clitoris vers le vagin. Le but est d’agrandir progressivement votre champ de perception.
Tout cela appartient au même corps. Et plus vous associez ces sensations, moins vous avez besoin de décider laquelle est « la bonne ».
Enfin, il reste quelque chose que l’on oublie constamment lorsqu’on parle de sexualité : pour ressentir, encore faut-il être là.
Pas en train de vous demander si votre ventre est joli dans cette position. Pas en train d’observer le visage de votre partenaire pour vérifier qu’il ou elle prend du plaisir. Pas en train d’attendre votre orgasme. Pas en train de penser : Est-ce que je sens davantage maintenant ? Parce que cette dernière question peut elle-même vous remettre immédiatement dans la tête.
Revenez plutôt à une sensation précise. Pendant quelques secondes, intéressez-vous uniquement au contact à l’entrée du vagin. Puis à la pression plus intérieure. Puis au périnée. Puis à l’ensemble du bassin. Ne cherchez pas nécessairement quelque chose d’intense. Cherchez quelque chose de précis.
Vous pouvez même fermer les yeux si cela vous aide à vous concentrer sur ce qui se passe dans votre corps plutôt que sur ce qui se passe autour. Et surtout, ne transformez pas cet exercice en nouveau contrôle de performance. Vous n’êtes pas en train de passer un examen de sensibilité vaginale. Vous explorez.
Certaines sensations resteront peut-être discrètes. D’autres deviendront beaucoup plus identifiables. Et certaines associations pourront progressivement devenir extrêmement agréables parce que votre cerveau commencera à reconnaître tout un ensemble de sensations comme appartenant au même mouvement de plaisir.
C’est là que quelque chose peut réellement évoluer.
Non parce que vous aurez enfin découvert le bouton secret que les autres femmes semblaient connaître. Mais parce que vous aurez cessé d’attendre passivement que votre vagin produise du plaisir pour commencer à habiter activement toute votre zone génitale.
Et il reste une dernière chose à rappeler. Même après avoir essayé tout cela, vous avez parfaitement le droit de préférer votre clitoris. Vous avez le droit d’adorer la pénétration. De l’aimer seulement accompagnée de caresses externes. De la trouver agréable sans jamais jouir grâce à elle. Ou de ne pas l’aimer du tout.
Le but n’a jamais été de vous apprendre à mieux correspondre au modèle. Le but est précisément de découvrir ce qui correspond à votre corps.
Après tout cela, j’aimerais revenir à la question qui vous a peut-être amenée jusqu’à cet article : Pourquoi est-ce que je ne ressens pas autant de plaisir que je le voudrais pendant la pénétration ?
Vous avez maintenant quelques pistes pour explorer davantage vos sensations. Mais n’en faites surtout pas une nouvelle mission. Parce qu’après avoir passé des décennies à expliquer aux femmes qu’elles devaient jouir grâce à la pénétration, ce serait assez ironique de transformer aujourd’hui la reconnexion au corps, le périnée ou l’exploration sensorielle en nouvelle méthode pour enfin devenir une femme qui jouit « comme il faut ».
Vous n’avez rien à réussir. Vous pouvez explorer. Essayer. Bouger différemment. Découvrir que certaines sensations deviennent plus présentes. Et peut-être qu’avec le temps, la pénétration prendra une place beaucoup plus importante dans votre plaisir. Ou peut-être pas. Les deux sont parfaitement légitimes.
Aucune de ces possibilités ne dit quoi que ce soit de votre féminité, de votre capacité à aimer, de votre désir ou de la qualité de votre sexualité. Votre corps n’a pas à valider plus d’un siècle de théories sur la manière dont une femme devrait jouir.
Freud n’est pas dans votre lit. Marie Bonaparte n’a pas à déplacer votre clitoris. Et votre partenaire n’a pas à recevoir la preuve de ses compétences sexuelles sous la forme d’un orgasme obtenu uniquement grâce à la pénétration.
Vous pouvez simplement vous demander :
Qu’est-ce qui me fait du bien, à moi ?
Et construire votre sexualité à partir de cette réponse.
Il existe néanmoins une situation différente : lorsque vous ressentiez auparavant beaucoup de plaisir et que vos sensations ont nettement diminué. Dans ce cas, la question n’est plus vraiment « Pourquoi la pénétration ne me fait-elle pas jouir ? », mais plutôt : « Pourquoi est-ce que je ressens moins de plaisir qu’avant ? » Stress, fatigue, médicaments, variations hormonales, contexte relationnel, excitation moins importante, douleurs, changements corporels ou psychologiques peuvent notamment modifier les sensations sexuelles. C’est une autre histoire et c’est précisément celle que j’aborde dans mon article « Pourquoi ai-je du mal à ressentir du plaisir pendant les rapports ? ».
Et si vous avez toujours eu besoin de votre clitoris pour atteindre l’orgasme, retenez au moins ceci : vous n’avez pas échoué à apprendre l’orgasme vaginal. Peut-être avez-vous simplement passé trop de temps à demander à votre corps de correspondre à une histoire que d’autres avaient écrite pour lui.
Il est temps d’écrire la vôtre.
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Sexualité féminine : mieux comprendre son désir et son plaisir
Retrouvez mes articles consacrés au désir, au plaisir, au corps et aux difficultés sexuelles féminines.
Je suis Sonia Reboul, sexothérapeute, psycho-praticienne en hypnose, psychothérapie émotivo-corporelle et thérapies brèves.
J’accompagne en consultation en ligne les femmes et les hommes confrontés à des difficultés sexuelles, relationnelles ou émotionnelles. Troubles de l’érection, éjaculation précoce, baisse du désir, douleurs pendant les rapports, vaginisme, anxiété de performance, difficultés de couple, traumatismes ou estime de soi : chaque accompagnement est adapté à votre histoire et à votre rythme.
Mon approche est intégrative. Elle associe la sexothérapie, l’hypnose, les thérapies brèves, l’EMDR, la thérapie narrative, le travail corporel et la relaxation, afin de prendre en compte la personne dans toutes ses dimensions.
Je crois profondément qu’une difficulté sexuelle ne définit jamais une personne. Comme l’écrivait Michael White, fondateur de la thérapie narrative : « La personne n’est pas le problème. Le problème est le problème. »
J’accorde une grande importance à une relation thérapeutique respectueuse, humaine et dénuée de jugements ou de visions normatives de la sexualité.
Les consultations se déroulent exclusivement en ligne, dans un cadre confidentiel et bienveillant.
Hypnose et sexothérapie en ligne
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